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Prestation de serment des ministres et devoir d’informer

De la cérémonie de prestation de serment du nouveau gouvernement devant le chef de l’Etat, le mardi 15 janvier dernier, les journaux n’ont rien publié de substantiel. Toutes les informations accessibles sont celles transmises par les membres du gouvernement. Les organes de presse ayant été privés d’accès à la salle de la cérémonie officielle. « Ta mission en tant que journaliste est de remettre en question et d’avoir un regard critique. Pas de répéter bêtement des affirmations même si elles viennent de joueurs placés tout en haut de l’administration « . Cette citation de Stieg Larsson relance le débat déontologique.

Il n’est pas toujours facile de déterminer où s’arrête le devoir d’information et où commence la soif de sensationnel. Surtout pas dans un cas comme celui de la cérémonie de prestation de serment des membres du gouvernement devant le président Ali Bongo Ondimba, absent du pays depuis le 24 octobre 2018. L’événement provoque évidemment des émotions fortes, y compris chez les journalistes. Sur RFI, certains ministres ont dit avoir eu de l’émotion en voyant Ali Bongo Ondimba qui était assis à plus de 50 m d’eux. Les médias, même ceux qu’on dit sérieux, ne semblent plus pouvoir faire cette distinction ou, pire, semblent avoir décidé de suivre l’exemple repoussant de la presse à sensation. Voila qui apporte du grain à moudre au moulin de tous ceux qui ne les considèrent plus comme un vecteur d’ information fiable dans notre pays.

Lors de cette cérémonie, aucun grand plan de caméra n’a été fait sur le chef de l’Etat. De quoi attiser la véhémence de ceux qui s’interrogent sur son état de santé et doutent de sa capacité à diriger les affaires du pays, après l’AVC dont il a été victime le 24 octobre 2018. De même, pas d’images de son arrivée de Rabat à l’aéroport international de Libreville, comme d’ailleurs de son départ de Libreville. Pourtant à l’heure actuelle, des journaux présentent les suppositions relatives au bon rétablissement d’Ali Bongo Ondimba, comme si tout était prouvé,comme s’ils avaient lu son bulletin de santé officiel et publient des anciennes photos où l’homme est un pleine possession de ses capacités physiques, intellectuelles, et psychologiques . Certains journalistes justifient cet état de fait en arguant du devoir d’informer. Or ce qu’ils entendent par informer équivaut à la ligne éditoriale d’un journal à sensation. Oui, c’est exact, les gabonais ont le droit de savoir comment s’est déroulée la cérémonie de prestation de serment du nouveau gouvernement. Mais il est aussi important pour ces gabonais et leur avenir, de savoir pourquoi ils ne peuvent se rendre à l’aéroport, pour accueillir leur président, ou encore pourquoi interdit-t -on l’accès à la presse à une cérémonie solennelle- pourtant publique- de prestation de serment des ministres. Justifier cette absence d’esprit critique par le devoir « d’informer », c’est friser le cynisme.

Le cas actuel s’inscrit dans le cadre d’une tendance à l’oeuvre dans le paysage médiatique gabonais :la frontière entre le journalisme sérieux et le sensationnel sans conscience se brouille. C’était déjà visible en l’absence du Chef de l’Etat, au moment où ses proches collaborateurs s’étaient livrés les uns contre les autres à un véritable lynchage médiatique. De plus, de nombreux journalistes commettent manifestement l’erreur de croire qu’une machine à auto représentation comme Facebook rend superflues les règles de la prudence et de la déontologie de la presse. Celles-ci sont pourtant plus nécessaires que jamais.

On le constate une fois de plus : la pression économique et la concurrence peuvent effectivement tuer la prétention à informer, ce n’est pas que le fantasme de ceux qui hurlent en permanence à la « presse mensongère  » ou « presse alimentaire « . Malgré toutes les difficultés économiques, ce n’est que si nous, les médias, nous nous sentons tenues d’exercer notre responsabilité d’instance d’information dans une société telle que la nôtre que la méfiance à notre égard et la perte de crédibilité que nous connaissons disparaîtront.

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