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Entretien sur le Franc CFA, avec Comlan Owoula B., Consultant et Analyste Indépendant / Politique Africaine


Que pensez-vous du Franc CFA aujourd’hui ?

Alors ce que je pense de Franc CFA aujourd’hui n’est as très loin de ce que tous les africains, notamment les africanistes, pensent, disent et écrivent sur cette monnaie. C’est-à-dire sur cet instrument qu’est le Franc CFA. Je voudrais toutefois préciser qu’il n’ait point besoin d’être panafricaniste pour combattre cette monnaie aujourd’hui, il y a lieu simplement de faire preuve d’un tout petit peu de lucidité et d’humanisme pour dire, en toute logique, que le continent africain et avec lui le monde dans son ensemble sont en face d’une situation fâcheuse qui perdure et ce, depuis son installation par le Général français De Gaulle, depuis les années 1940, sinon l’année 1945 pour être précis et qui aujourd’hui est une situation qui gêne davantage.
Je rappelle quand-même que ce combat, bien que mener par les Africains depuis les indépendances, n’a pas toujours été aussi globalisé et surtout aussi expressif. On va se rappeler déjà l’assassinat du premier Président togolais Monsieur Sylvanus Olympio en 1963. C’est donc un combat qui a toujours effrayer. Ce qui marque aujourd’hui et qui devrait susciter davantage de l’émoi, c’est le fait que, avec l’évolution des choses, d’autres nations, d’autres races se sont rendu compte qu’il n’est plus question de faire avec le Franc CFA. Ici, ce n’est que question de logique, question de bon sens, question simplement de conscience.
Pour en venir cette fois-ci dans le vif de la question, il y a lieu de dire clairement que le Franc CFA, au-delà de toutes les considérations possibles, qu’elles soient historiques, donc liées à la colonisation, à la décolonisation, à la néocolonisation aujourd’hui, et a tout ce que vous voulez, le Franc CFA est une monnaie qui suffisamment a fait son temps.

Le Franc CFA n’est-il que mauvais ?

Nombre de régimes africains perpétuent cette domination, du point de vue de la monnaie, donc le Franc CFA. Seulement, comment se satisfaire de cette manière d’agir ? La valeur du Franc CFA, les débats sur les tarifs de nos matières premières ne nous sont que très peu connu. A cet effet, il est déplorable de parler de souveraineté avec ses chefs africains qui sont justement à la solde d’une France qui se veut exclusivement paternaliste d’une Afrique finalement qui a du mal à s’affranchir de son joug. Alors, je pense que le Franc CFA, selon que les époques ou encore l’évolution de l’humanité a voulu dans cette rencontre cataclyste qui se produisit entre l’Afrique et la France, n’ait jamais joué en notre faveur. Certes, je vais humblement dire qu’il a eu ce temps là qu’on peut désormais qualifier de temps d’observation suffisamment abouti qui nous a permis de désormais donner à cette Afrique d’avoir mare de cette monnaie d’une époque absolument révolue.

Pourquoi parlez-vous de monnaie « révolue » alors que le Franc est belle bien présent et fonctionne ?

Nous sommes désormais dans le concert des nations, et ce, depuis 1960, et le modernisme ainsi que le modèle civilisationnel auxquels nous soumet la force des choses nécessitent que l’on puisse « se moderniser » à l’image des nations modèles de ce monde. Alors, je pense que cette « monnaie de servitude » est aujourd’hui dépassée, dans les débats, dans la perception, non seulement des Africains, mais aussi désormais, chez les Européens. D’ailleurs, on a pû voir à cet effet, Madame Marine Le Pen se prononcer en faveur de la souveraineté des États africains. Vous me direz sans doute que c’était des discours de campagne et tout ça, mais Marine Le Pen s’est levée contre cette monnaie parce qu’elle appelait justement à la souveraineté des États africains. La question de l’autodétermination des peuples date de 1949 s’il vous plait.

Alors aujourd’hui, la question reste toute entière : le Franc CFA a-t-il été une bonne ou une mauvaise chose pour nous ? Je persiste à croire que c’est une mauvaise chose, mais comme dans toutes choses, mauvaise soit elle, on peut en tirer du bon. Charles Baudelaire ne disait-il pas en son temps dans son célèbre recueil de poème le Spleen : « Tu m’as donné ta boue et j’en ai fait de l’or » ? Et ici, le bon, c’est le fait que le franc CFA nous a permis de comprendre à quel niveau se situent nos économies et où pourraient-elles se situer avec une vraie économie, outre que celle du Franc CFA qui nous confine, nous condamne dans une sorte de schéma européocentré, sinon, francisé, qui ne permette pas justement l’affranchissement sinon, le développement des États qui partagent cette monnaie. Alors aujourd’hui, le Franc CFA, je pense que c’est une monnaie dépassée parce que, étant affilié, historiquement au Franc français, le franc français n’existant plus, il n’y a pas de raison qui justifie que le Franc CFA continue à exister, et bien sûr, à nous rendre toujours aussi dépendant du Trésor français et non partenaire de la banque européenne. Alors qu’il y a certaines personnalités noires qui veulent nous faire croire, simplement parce qu’elles tirent un profit qu’on ne pourrait définir ici, que le Franc CFA est une bonne chose pour cette nouvelle Afrique. D’ailleurs, on l’a entendu encore de la bouche de Monsieur Ouattara lors de son sa visite officielle à l’Élysée, il disait clairement, en direct sur des médias, que le Franc CFA est une monnaie à laquelle les États d’Afrique ont souverainement adhérer. J’ai envie de rire lorsque j’entends de tels propos de la part d’un si grand homme d’État. Où est la souveraineté lorsque notre monnaie ne nous appartient pas ?

Que vous inspire le débat actuel sur le Franc CFA?

Face à cette question, je suis surtout partagé entre plusieurs sentiments. Le premier est un sentiment de honte. De honte parce qu’effectivement les chefs d’États qui crient, qui appellent souvent à la souveraineté de nos États et à tout ce que vous avez en terme d’indépendance, de liberté, d’autogestion et d’autonomie et tout ce que vous voulez, de nos États, ces derniers sont ceux-là mêmes qui continuent à se battre pour que le Franc CFA continue à piller et surtout esclavagiser sous des formes nouvelles, les populations des pays ou encore des États qui partagent cette monnaie. A juste titre, je me rappelle un peu ce que disait déjà en son temps Monsieur l’imminent Professeur Nicolas Agbohou dans son livre intitulé Le Franc CFA et l’Euro contre l’Afrique, et bien d’autres avant lui l’ont dit également, le Franc CFA est une monnaie de servitude qui asphyxie le continent africains et qui ne permettra jamais que nos pays ni nos économies puissent se développer et s’élever.

Pensez-vous que le Franc CFA est entretenu par les africains eux-mêmes ?

Le plus difficile aujourd’hui est justement que tous les chefs d’États qu’on a pu avoir à la suite des indépendances ont, soit peu constaté à quel point, à quel niveau nous met cette monnaie, soit ont eu peur de finir comme Sylvanus Olympio, Modibo Keita et les autres sans oublier Mouhammar Kadhafi et Laurent Gbagbo. Mais entre ces deux groupes, il y a quand-même ceux qui défendent et entretiennent d’une certaine manière le Franc CFA.
Alors, aujourd’hui, ce que m’inspire le débat sur le Franc CFA c’est que nous sommes dans une Afrique nouvelles depuis l’assassinat de Mohammar Kadhafi par la France, notamment Monsieur Nicolas Sarkozy et cela fait qu’aujourd’hui, les africains qui avaient peur de s’exprimer en faveur du guide libyen le font, même si c’est de façon voilée car, la grande France est en train de perdre de son influence et cela passe nécessairement par des mouvements d’expression populaire et des crises comme celles des gilet jaune, qui au-delà de leurs revendications, se battent pour refuser, rejeter le Franc CFA. Mais sur le continent, il se passe plutôt le contraire aujourd’hui. On a l’impression que les grands défenseurs de cette monnaie sont des africains eux-mêmes ; Monsieur Alassane Ouattara de la Côte d’Ivoire, Monsieur Macky Sall du Sénégal et même certains Présidents de la sous-région.
Alors, le débat sur la monnaie, sur le Franc CFA aujourd’hui m’écœure parce que même lorsque les appels sont fait à l’international, on voit bien Monsieur Kémi Séba avec son ONG urgence panafricaniste, pour ne citer que lui, se battre au péril de sa vie, il est emprisonné, chassé d’ici et là, devenu même sur sa terre d’Afrique, un persona non grata, il ne peut plus s’exprimer librement mais il continue malgré les innombrables pressions de tout ordre, au niveau africain c’est le contraire qui brille et qui domine. Nous avons des sortes de collabo qui se battent au maximum contre la libération du continent parce que accrochés à certains privilèges que leur offre la France.
Le débat m’inspire simplement une situation chaotique dans la mesure où lorsque les Africains aujourd’hui se battent pour sortir de cette monnaie, très peu sont sincères, mais également très peu comprennent justement les enjeux de ce combat dans la mesure où rien n’est proposé contre le Franc CFA.
Je prends un exemple simple, si on finissait, le 1er mars 2019 prochain, à peu près dans une semaine, avec cette monnaie de servitude, qu’est-ce qui est proposé ? Avec quoi ferait-on notre économie aujourd’hui ? Déjà, nous n’avons aucune économie, du moins les pays qui partagent cette monnaie. Regardez tous les ports en Afrique sont pris par la France, tous les grands commerces en Afrique sont pris par la France, la distribution même de la télévision, de l’énergie est prise par la France, les assurances, enfin bref, la France gère tout en Afrique, donc aujourd’hui on ne peut pas parler d’économie et à cette allure, je ne vois pas comment faire, si même les chefs d’États africains n’arrivent pas à réellement s’entendre. Voyez-vous, lorsque Marine Le Pen dit : « Le Franc CFA tue les africains », lorsqu’un Monsieur comme Jacques Chirac dit qu’ « il faut retourner à l’Afrique ce qu’on lui a volé », lorsque les Allemands disent que « les français volent chaque année plus de 400 milliards de dollars à l’Afrique à travers le mécanisme du FCFA », lorsque l’on a un type comme Nicolas Sarkozy qui dit : « Si la France laisse le FCFA, la France passera de 7ème puissance mondiale à la 23ème place », lorsque Monsieur Luigi Di Maio demande aux africains de prendre leur responsabilité pour enfin sortir de cette situation d’esclavage entretenue par le Franc CFA, nous les premiers concernés, nous les africains, dont principalement nous « intellectuels », disons que le Franc CFA est bon pour nous, pour nos économies. Voyez-vous, des exemples de ce genre, il y en a à foison. Lorsque des organisations dans le monde se lèvent pour condamner le Franc CFA, en Afrique, c’est plutôt le contraire qui se produit à travers des chefs d’États qui se battent contre vents et marrées pour faire passer une vérité qui n’a de vraie que le mensonge qu’elle est elle-même.

L’Afrique peut-elle sortir du Franc CFA ?

Je pense que oui, mais ce n’est pas simplement une question de Franc CFA ici. Le sujet est bien plus profond et il y a trop de ramifications. Entre les africains qui disent oui à cette monnaie et ceux qui la rejettent, le fossé est immense car ceux qui adulent le Franc CFA sont ceux qui dirigent nos États. Par ailleurs, il y a le fait que la volonté seule ne pourrait suffire. C’est affaire d’hégémon et cela peut arriver à une situation de guerre. L’Afrique a-t-elle les moyens de s’opposer à ce type de réponse ? Je le crois difficilement.
Aussi, le continent n’a presque pas d’industrie, notamment les pays qui partagent le Franc CFA, nous sommes entièrement dépendant de la France. Sortir du Franc CFA inclus que nous sortions déjà du pacte colonial qui persiste à travers de nombreux accords et conventions secret. Avoir l’assurance d’être soutenue par des grands, comme ce fut le cas en Europe au lendemain de la Seconde Guerre mondiale avec le fameux Plan Marshall.
L’Afrique pourra sortir du Franc CFA si la françafrique disparait totalement. Mais est-on prêt à ce sacrifice ? Là est la grande question. Et pour y répondre c’est très facile, il n’y a qu’à voir qui sont ceux qui justifient le Franc CFA en Afrique.

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