Politique

Ali Bongo Ondimba face à la macronnie : analyse d’une relation « rocambolesque »

Yvan Comlan OWOULA B., Chercheur en Histoire des Relations Internationales, spécialité Paix et Sécurité.

L’opinion politique africaine est densifiée depuis l’annonce de la tournée africaine du Président français, et à l’analyse, ce n’est qu’attitude raisonnable que de se méfier d’un personnage qui n’a que peu voilé ses intentions impérialistes et condescendantes tout comme l’ont fait ses prédécesseurs. Seulement, face à une Afrique noire qui nourrit depuis plus d’une décennie un réel sentiment révisionniste de la « politique africaine de la France », curieuse est davantage l’attention que nos populations accordent à la visite d’E. Macron au Gabon.

<<Tourner la page de la Françafrique et finir avec les pré carrés>>. Combien ne l’ont pas dit ?

Il sied toutefois de noter que si la France veut demeurer dans son rôle et son positionnement international, elle ne compte pas y arriver sans l’adhésion à cette logique, des Etats africains noirs, surtout dans un contexte qui fait que chinois et russes sont en montée exponentielle sur le Continent. En effet, elle compte sur la capacité des pays d’Afrique à accepter la domination française selon que le choix de <<l’indomination>> serait la posture adéquate.

Le <<One Forest Summit>>, prétexte ou simple occasion ? La question, pour certains ne se pose pas tandis que d’autres spéculent à en créer des raisons. On est cependant toujours stoïque devant les joutes rétoriques de l’Occident et de la France en particulier qui, dans le même contexte, réussissent l’exploit d’allier <<Partenariats>> et <<Conquête>> ; <<Influence>> et <<Reconquête>>… en parlant de l’Afrique comme d’un vulgaire « gateau » comme se fut le cas à Berlin (1884-85) sans que cela n’émeuve « personne ». L’Afrique serait donc celle de l’enfance ad vitam aeternam qui a besoin que l’on décide toujours pour elle ce qui serait bon.

E. Macron parle d’une redinamysation des relations Afrique-France et décide cependant unilatérallement des canaux de cette orientation en faisant une révisitation à l’envers des préoccupations exprimées par les Africains panafricains et afrocentristes : pas de fermeture des bases militaires mais transformation de ces dernières en écoles d’instruction… ; pas de retour des oeuvres (d’art) africaines et patrimoine culturel et âme de l’Afrique, sans l’assurance de <<meilleures conditions de conservation>>…, pour ne citer que ces exemples. Si le questionnememt autour de cette obstination pourrait sembler saugrénue, la réponse l’est toute aussi ! En effet, pourquoi insister sur les éléments de désaccord tout en arguant vicieusement que c’est à l’Afrique de décider ? Notons que c’est sous le prisme de la macronnie que fut également, unilatérallement, organisée une messe politique au relent de déni des Chefs d’Etats Africains, soigneuseument désignée comme «Sommet Afrique-France» en octobre 2021 à Montpelier (France).

Pour le cas Gabon dans la lutte pour l’environnement, on note que c’est au dévouement acharné d’Ali Bongo Ondimba sur la scène international, que le Gabon est arrivé au sommet du leadership de la lutte contre le rechauffement climatique et cela n’a été rendu possible que du fait de la couverture végétale d’une exceptionnalité remarquable de ce « petit pays » d’Afrique centrale et non du fait de supposées faveurs d’une certaine puissance occidentalo-européene. Quelle condescendance n’est-il pas donc de soupçonner que les Africains n’ont pas saisit eux-mêmes la pleine portée scientifique de cet enjeu ?

La question du prix carbonne ne saurait donc être une imposition d’une quelconque puissance et le Gabon en particulier devrait en avoir saisit l’urgente opportunité de mener la danse pour l’intérêt général des gabonais. Ali Bongo Ondimba tient de ce fait, devant l’histoire, une responsabilité unique. Celle de donner le cap pour cette tournée française en Afrique centrale car il ne fait aucun doute que les agendas étatiques ne sauraient avoir des intérêts identiques, le Gabon et la France n’étant pas identiques et demandeurs des mêmes retombées. Par ailleurs, cette responsabilité ne saurait se limiter à la seule qualité du Président Gabonais, car depuis le 25 février dernier, dans l’exacte ligne de l’intégration sous-régionale tant souhaitée par l’agenda 2063 de l’Union Africaine, Ali Bongo Ondimba est le Président de la CEEAC.

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